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De neige et de vent fait partie du Cycle des saisons que le romancier corrézien Sébastien Vidal a entamé avec Ça restera comme une lumière paru en 2021 aux éditions Le Mot et le reste. L’histoire se joue en hiver, dans les Alpes, à la frontière franco-italienne. Le village de Tordinona se blottit au coeur du massif des Trois Dents de la Rancune. Pour les gens de passage qui souhaitent y pénétrer, un message est affiché à leur attention à l’entrée du village : « Vous pouvez encore faire demi-tour. »

 

Victor et son chien Oscar se retrouvent pris dans une tempête de neige alors qu’ils viennent de franchir le tunnel qui rejoint la France à l’Italie. Randonneur aguerri, Victor se met en quête d’un abri dans ce coin de montagne reculé. C’est à Tordinona qu’il choisit de trouver refuge malgré le message hostile posté à l’entrée du village. L’ambiance peu amicale se confirme lorsque le tenancier du seul bar refuse de l’accueillir et lui indique une ferme qui pourra le recevoir pour la nuit.
La ferme de l’Arc en ciel est tenu par six jeunes. Victor comprend qu’ils ne sont pas en bons termes avec les villageois car ces jeunes « hippies » ne sont pas originaires d’ici.
Pendant que Victor fait connaissance avec ses hôtes pacifistes, Marcus et Nadia, deux gendarmes en patrouille s’apprêtent à quitter le village lorsqu’Orazio, le garde champêtre, découvre le corps de Caroline, la fille du maire, Basile Gay. Bien que la tempête redouble de violence, Marcus et Nadia, accompagnés du maire et d’Orazio se rendent sur le lieu où a été découverte la jeune fille sans vie. Sans l’ombre d’un doute, Caroline a été violée et assassinée. Mais l’enquête s’avère difficile : une avalanche a bloqué le seul pont qui relie le village au reste du monde et le corps ne pourra pas être autopsié. Les deux gendarmes sont alors contraints de rester à Tordinona pour le garder le temps que la situation se débloque.

« un roman glacial où la peur de l’autre dirige les actes les plus barbares »

Fou de douleur et de rage, Basile Gay qui vient d’apprendre la présence d’un étranger dans le village, désigne Victor sans aucune preuve comme le coupable du meurtre de sa fille. Sur son ordre, les villageois le capturent et s’apprêtent à le lyncher. Les deux gendarmes arrivent à l’extirper de leurs griffes, et se retranchent dans la mairie pour garder le randonneur sous leur protection.
Une guerre est entamée, le maire n’a pas dit son dernier mot. Il établit avec son bras droit Gervais des stratagèmes plus violents les uns que les autres pour arriver à ses fins et envoie ses concitoyens au « combat ». Parmi ces villageois en apparence soudés et prêts à tout pour leur maire autoritaire et violent qui fait travailler la majorité des cent douze habitants de Tordinona, certains commencent à exprimer leur désaccord sur les méthodes de cet homme qui crie vengeance en fixant ses propres lois. Pendant ce temps, d’autres profitent de cette diversion pour régler leurs comptes en toute discrétion.

Sébastien Vidal a établi l’histoire dans un village de montagne qui dérive sur un morceau de banquise temporelle et qui est devenu, par la force des choses, un hameau de cinglés consanguins. En situant l’intrigue en plein hiver, l’auteur use d’un climat de tempête pour renforcer l’isolement des habitants dont la vie est soumise aux intempéries les plus violents. Néanmoins, les paramètres météorologiques ne semblent pas être les seuls qui maintiennent la population sous son joug. Basile Gay, le maire et patron de la seule « usine » du village, a acquis son pouvoir par la peur de certains de se voir dépouiller de leur seule source de revenus. Alors à Tordinona, lorsque le monde extérieur menace cet équilibre construit sur la domination, le goût du sang n’en est que plus fort, surtout lorsqu’il est assaisonné de folie et de vengeance.

De neige et de vent est un roman glacial où la peur de l’autre dirige les actes les plus barbares. Sébastien Vidal use du paysage pour créer un huis-clos et un climat de tension extrême. Le lecteur, au même titre que les personnages, est maintenu dans cet étau, jusqu’au dénouement.

Par Lucie Braud
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