Aimer, boire et chanter

Aimer, boire et chanter

© Isabelle Merlet

Isabelle Merlet, les yeux de la couleur

Isabelle Merlet est l’une des coloristes les plus talentueuses du monde de la bande dessinée. Après 20 ans d’expérience, elle a réalisé les couleurs des dessins de Blutch créés pour le dernier film d’Alain Resnais Aimer boire et chanter. Une expérience unique et différente, haute en difficultés, qui amène la coloriste à repousser ses limites.

Isabelle Merlet ne s’est pas lancée dans le dessin, par complexe, explique-t-elle. Devenir artiste lui semblait un objectif inatteignable. Au début de ses études d’arts appliqués, elle découvre que la couleur lui offre cependant un bel espace de liberté. En 1990, elle aide son ami Jean-Denis Pendanx sur les couleurs de son premier album1. Elle est vite sollicitée par des éditeurs et des auteurs. Apprenant sur le tas, novice, elle apaise son égo, travaille sans idées préconçues. La confiance qu’elle met dans son intuition lui permet de suivre de nombreuses directions. Mais la monotonie des demandes éditoriales finit par la lasser. En 2000, elle fait une pause pour travailler la sculpture. Sept ans plus tard, son compagnon, l’auteur coloriste Jean-Jacques Rouger lui fait renouer avec la couleur. Il la forme à l’outil informatique. Devant les possibilités infinies que lui offre l’ordinateur, elle s’amuse, se passionne, cherche. Elle s’y met à fond, finit par presque s’écœurer jusqu’à ce que le projet de Blutch arrive jusqu’à elle.

Été 2012

Thomas Ragon (éditeur chez Dargaud) propose à Isabelle de faire des essais couleur pour le prochain album de Blutch2. Elle connaît le travail de l’auteur, mais rien de lui. Lui laissera-t-il l’autonomie dont elle a besoin ? Quelle expérience a-t-il de la couleur lui qui travaille en noir et blanc ? C’est un mélange de crainte et d’excitation qui la pousse à accepter. À réception des premières pages, elle ne veut aucune indication. Blutch veut travailler ainsi, parfait !

Elle envoie ses premières propositions et demande un avis direct et franc, sans égo. Ils sont sur la même longueur d’onde et faits pour travailler ensemble.

De la bande dessinée au cinéma : une histoire de couleurs

Blutch va travailler sur le film d’Alain Resnais. Il souhaite Isabelle à ses côtés. Alain Resnais veut la rencontrer. Rendez-vous est pris. Le réalisateur évoque son projet, ce qu’il attend des dessins qui seront insérés dans le film. La discussion file et digresse loin du sujet. À l’issue de la rencontre, Isabelle constate qu’ils ont très peu parlé de ce qu’on attend d’elle. Blutch lui confirme la nécessité de la rencontre : il a besoin de voir comment tu comprends les choses. Alain Resnais pense le film, mais aime à découvrir la réalité des autres métiers nécessaires à sa fabrication. Tout le monde se met à son service pour rendre au plus juste son idée. La difficulté, c’est que le réalisateur communique sa vision de façon parcellaire, illustre ses idées par des images, des références, des souvenirs … Jamais de directives, chacun doit trouver sa place.

Ainsi, comment dessiner les quatre maisons de l’histoire ? Alain Resnais les a en tête, mais ne les décrit  pas précisément. Blutch réussit tout de même à aboutir un dessin pour les premiers tests de couleur. Alain Resnais a une envie de mise en couleur « cartoonish », comme dans les comics américains dont il est grand lecteur, mais les dessins de Blutch ne s’y prêtent pas. Isabelle Merlet fait des essais, Alain aime les accords de couleurs très primaires, mais Isabelle considère que ça ne marchera pas pour différencier les saisons, et tout le monde le convainc d’abandonner son idée. Pour proposer la mise en couleur qui convient au dessin de Blutch, Isabelle utilise une technique qu’elle a mis en place pour la dernière bande dessinée de l’auteur : passer le trait en violet. Le trait noir associé à la couleur – sur un dessin expressionniste comme celui de Blutch – provoque une surcharge et un déséquilibre de l’image. Le dessin perd de sa force singulière. Le trait violet permet d’adoucir l’image sans trahir le travail du dessinateur.

Le processus d’élaboration des dessins se fait juste avant le montage et le travail d’Isabelle intervient au moment de la postproduction. L’impératif est clair : donner à voir l’évolution des journées et des saisons tout au long du film (printemps, début de soirée, plus tard dans la soirée, matin d’été, etc.). 37 mises en couleurs sont à réaliser à partir des quatre dessins de Blutch.

Cela demande des nuances subtiles pour différencier une image de soirée d’une autre image  plus tardive dans la nuit. Le travail se fait en lien avec le monteur du film, Hervé Deluz. Trois semaines de préparation avant le tournage (les essais), puis trois semaines pour l’élaboration des couleurs. Hervé Deluz fait des zooms sur les dessins, les monte et les soumet au regard d’Alain Resnais. Cela permet de voir si les images s’intègrent dans les séquences filmées, si les contrastes sont bons ; il faut trouver des codes permettant aux spectateurs de comprendre les changements de saisons, voir ce qui fonctionne ou pas. Beaucoup d’images initialement prévues ne sont pas montées pour des questions de rythme.

Pour le film, l’image dessinée est informative, c’est une sorte de carte postale. En bande dessinée, la liberté est plus importante : un ciel vert ou violet sera possible en plein été parce que le récit est ouvert à l’interprétation ; la couleur devient un prolongement narratif. Dans le film, l’insert d’images imaginé par Resnais, ne permet pas (pour ce projet spécifique en tout cas) de s’écarter de la convention, les codes doivent êtres efficaces, l’été doit être immédiatement identifié comme tel, ce qu’Isabelle ne fait jamais sur une bande dessinée.

« Pour le film, je ne cherchais pas à être originale, mais à répondre à une demande, en me faisant plaisir certes, mais en ne perdant pas de vue ma mission : servir la vision d’un artiste et faire passer une information. En bande dessinée, je suis très libre, et je cherche à faire de nouvelles expériences. La couleur peut donner au récit ce que la musique apportera au cinéma. C’est un travail extrêmement exigeant que les éditeurs ne mettent absolument pas en lumière. »

La couleur n’est pas toujours indispensable, certains dessins s’en passent très bien. « Qu’est-ce que la couleur doit amener ? Si c’est du coloriage, elle enlèvera de la force ou de l’élégance au dessin, ce qui est problématique. Mais elle est trop souvent pensée en terme commercial et cet écueil est récurrent. La couleur est une vibration qui doit servir le récit. Si l’on pouvait bannir les effets, travailler le fond et moins la forme ! La vraie réussite, c’est lorsque le travail ne se voit pas ; que l’osmose avec le dessin est totale. »

En bande dessinée, l’important est d’accompagner la narration, tout en créant une harmonie globale et cohérente sur l’ensemble du livre. Sur un film, celui d’Alain Resnais en l’occurrence, l’enjeu était de travailler la couleur en tenant compte de la rapidité d’apparition de l’image à l’écran, c’est un autre travail, un autre rapport au temps, une efficacité différente.

Aujourd’hui, Isabelle Merlet arrive à la croisée des chemins. L’expérience vécue sur Aimer boire et chanter lui a permis d’explorer sa maîtrise de la couleur. Revenir au dessin est un désir, un défi. Elle ouvre un blog sur la contrainte du portrait, qu’elle envisage comme un laboratoire où elle prend le risque de rendre public son travail pour passer une autre étape où la couleur portera son trait, servira sa créativité et sa liberté.

 

1 Diavolo le solennel, éd. Zenda, par Doug Headline (scénario), Jean-Denis Pendanx (dessin) et Isabelle Merlet (couleurs), 1991.

2 Lune l’envers, Dargaud, 2014.

 

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Image et science-fiction

Image et science-fiction

Image et science-fiction : entre contestation politique et conservatisme geek

Laurent Queyssi – Photo : Ludovic Lamarque

Arrive-t-il vraiment – comme certains médias le prétendent depuis l’accession de Donald Trump et ses « faits alternatifs » à la Maison-Blanche – qu’une œuvre de fiction (1984, présentement) rattrape la réalité ?

Il existe en effet depuis l’invention de la science-fiction toute une littérature de l’imaginaire – qualifiée selon les modes de dystopique, uchronique, ou spéculative – qui interroge notre futur politique, voire au prime abord l’invente. De plus, Georges Orwell, mais aussi Phillip K. Dick, William Gibson et de nombreux autres ont tous dans leur écriture un lien très fort à l’image — si fort d’ailleurs que Hollywood ne s’y est pas trompé et pille désormais sans vergogne leur œuvre afin de confectionner des succès au box-office. L’occasion d’un numéro d’Éclairages sur l’image politique était donc trop belle pour manquer de s’interroger sur le pouvoir et l’influence de cette littérature bien souvent mal considérée. C’est ainsi Laurent Queyssi — auteur, traducteur et éminent spécialiste de la culture pop — qui passe à la question… et au détecteur Voight-Kampff1.

D’où vient l’impression que tout un courant de fiction spéculative entretient un fort lien avec l’image ?

Laurent Queyssi : Peut-être simplement parce qu’elle est vraiment, par essence, une littérature de la mise en images — avant même de parler de son éventuel lien au cinéma. On peut par exemple penser à la première phrase2 du Neuromancien de William Gibson qui en est l’un des plus beaux exemples, et qui expose aussi au passage les complexités à affronter pour un traducteur. Ce lien fort est sans doute une conséquence des sujets abordés. La science-fiction brasse des idées complexes qu’elle est, je pense, obligée d’imager pour les rendre sans trop de circonvolutions. Il advient alors, quand le sujet est politique, des images forcément frappantes. « Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement », lit-on chez Orwell et on ne l’oublie pas en général. Mais en vérité, je ne suis pas non plus certain que la science-fiction est forcément plus politiquement engagée que d’autres littératures. Le polar par exemple peut être très militant, revendicatif. Simplement la littérature d’anticipation, en travaillant la matière qui est la sienne, c’est-à-dire en intensifiant des lignes de fractures existantes, en projetant, en grossissant les traits, se retrouve forcément à exacerber certains fantasmes.

Autrement dit, des livres comme 1984 n’ont en vérité aucun pouvoir visionnaire ?

L.Q. : Disons surtout que ce n’était pas l’intention d’Orwell. Orwell, comme bien souvent n’importe quel auteur de science-fiction, parle avant tout du présent. Lorsqu’il écrit 1984, qui sort après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il utilise un procédé pour évoquer sans ambages son époque contemporaine, celle de la constitution de larges régimes totalitaires. L’incompréhension ne réside pas dans l’intention d’Orwell, mais dans la réception de son œuvre. Les gens glosent aujourd’hui en disant qu’il avait raison, qu’il avait vu ce qu’il adviendrait de nos sociétés. Mais Orwell en vérité avait raison dès le début, il avait posé grâce à sa sensibilité un œil averti non pas sur la société du XXIe siècle commençant, mais sur la guerre froide qui débutait au moment où il fait paraître son œuvre.

Pourquoi alors cette littérature de prospective politique revient-elle actuellement sur le devant de la scène ?

L.Q. : Je ne pense pas qu’elle revienne sur le devant de la scène, loin de là. Je pense que cette histoire autour de 1984 et de Donald Trump n’est pas représentative de ce qui se passe actuellement en science-fiction. Orwell, c’est un peu le marronnier qui cache la forêt. La science-fiction obéit à des cycles. Après des années où la fantasy a dévoré tous les champs de la littérature de l’imaginaire, la science-fiction se refait doucement une place ces dernières années, mais plus autour des thématiques de l’évasion, du space opera. Un peu comme il y a une vingtaine d’années. Je crois que de toute façon, écrire un bon livre politique de SF, en sortant des clichés comme on en voit souvent — par exemple l’empire galactique comme transposition d’un empire américain totalitaire — n’est pas chose aisée. Ce n’est pas un territoire où domine l’originalité. Tout le monde n’est pas Ursula le Guin qui, dans Les Dépossédés, se livre à une exploration passionnante de ce que peut être une société anarchiste à l’échelle d’une planète.

La vraie avancée de cette littérature de science-fiction ces dernières années est surtout qu’elle n’est plus cantonnée aux collections de genre. Des auteurs classiques, comme J.G. Ballard par exemple, sont désormais publiés dans des collections générales. Et des écrivains qui ne sont pas des scientifiques de formation ou des gens ayant grandi dans cette littérature s’emparent de ses thèmes, de ses codes : Cormac Mc Carthy, Philip Roth, David Mitchell, Jonathan Lethem etc.

Cette appropriation de la science-fiction par le grand public est-elle justement passée par son adaptation de masse en images, que ce soit au cinéma ou en séries télé ?

L.Q. : Non, je ne crois pas. Je crois que ce mouvement a toujours existé. Il y a eu certes Blade runner, mais avant cela, il y a eu également La Planète des singes ou Soleil vert, et encore avant les séries à la radio. Ce qui peut paraître avoir changé aujourd’hui, c’est que les gens au pouvoir — dans les studios de cinéma, les chaînes de télévision, voire les maisons d’édition — ont été abreuvés de science-fiction et connaissent leur sujet. Mais il ne faut pourtant pas s’y tromper. La culture de ces gens-là — que les médias appellent culture geek — n’a pas grand-chose à voir avec la science-fiction contestataire, avec Les Aventures de Jerry Cornelius écrites dans les années soixante-dix par Michael Moorcock ou les livres de Ian Watson. La culture geek est une culture fondamentalement conservatrice. C’est une culture « doudou ». Face à un monde dur, imprévisible, c’est une culture qui offre au public un univers rassurant, celui de leur enfance répété à l’infini. Ainsi, quand George Lucas avait voulu avec sa première trilogie faire une œuvre politique sur comment s’éteint la démocratie — on peut bien évidemment discuter longuement du succès de son entreprise — J.J. Abrams offre un simple best of de Star Wars.

1 Dispositif imaginaire, utilisé dans le roman de science-fiction de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, et son adaptation au cinéma par Ridley Scott, Blade Runner.
 2 “The sky above the port was the color of television, tuned to a dead channel.”

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Traverser la nuit

Traverser la nuit

© Payot & Rivages

 

Hervé Le Corre est considéré comme l’un des maîtres du roman noir français. L’écrivain bordelais publie tout d’abord dans la collection Série noire chez Gallimard, puis principalement dans la collection Rivages/Noir dirigée durant de nombreuses années par François Guérif. Traverser la nuit est son dernier roman.

« On est au mois de mars et depuis des jours le crachin fait tout reluire d’éclats malsains, de lueurs embourbées. »

Bordeaux. L’ambiance de la ville annonce les drames qui s’y jouent. À une station de tramway, près de la cité des Aubiers, un homme est endormi par terre sous un banc. Son tee-shirt est maculé de sang. Embarqué par la police pour être interrogé, l’homme muet se jette par la fenêtre du commissariat pour s’écraser sur le sol.

« L’affaire aurait pu se résoudre simplement s’il n’y avait pas eu ces autres cadavres de femmes tuées de la même façon, à coups de couteau, avec acharnement. »

Appelé sur la scène d’un quadruple homicide, le capitaine Jourdan constate l’horreur de trop : une mère et ses trois enfants tués à coups de fusil par le père. Quelque chose s’est nécrosé, Jourdan ne veut plus comprendre ce qui mène les hommes vers leur chute. La tristesse cède la place à la colère et le silence s’impose plus que les mots. Cela fait longtemps qu’il en est ainsi alors Jourdan regarde sa vie s’écrouler lentement, sa femme et sa fille lui tourner le dos. Il s’affaisse et abdique devant la longue et lourde liste de reproches qu’elles lui adressent. Il s’enfonce dans son gouffre de silence et de colère, happé par sa vie de flic et les horreurs qui l’accompagnent. Les corps des enfants morts le hantent. Il pense à sa fille dont il ne connaît presque plus rien. Et sa vie de flic le rattrape sans cesse : une jeune femme poignardée a été retrouvée dans un squat. Son sang est le même que celui du tee-shirt de l’homme des Aubiers. L’affaire aurait pu se résoudre simplement s’il n’y avait pas eu ces autres cadavres de femmes tuées de la même façon, à coups de couteau, avec acharnement. Quel est le lien entre cet homme et ces femmes aux vies régies par la drogue et la prostitution ? Alors que Jourdan enquête, l’assassin se fond dans la masse des anonymes. Un homme perdu, torturé, rattrapé par son histoire sordide, l’inceste de sa mère qui a fait naître en lui une haine pour les femmes. Tant pis pour celles qui croiseront son chemin.

La ville que les touristes affectionnent tant dévoile des coulisses bien sombres. Jourdan tente de traverser la nuit, il se dit qu’un jour viendra, qu’il laissera alors ce merdier derrière lui, qu’il quittera tout, qu’il disparaîtra. Il en est là lorsqu’il rencontre Louise.

Louise a trente ans, elle est mère célibataire d’un petit garçon. Louise fait des ménages chez des petits vieux et Louise vit dans la terreur, battue puis harcelée par son ancien compagnon. Elle a bien tenté de fuir l’enfer et ses cauchemars, mais il faut croire que sa vie est sans horizon. Jourdan et Louise se croisent dans leurs nuits respectives. Cette rencontre arrive comme une lueur d’espoir timide et vacillante. Ils s’y raccrochent comme on se raccroche à des promesses d’une vie possible quand l’aube se lève.

« Il y a dans les coulisses de la ville aux pierres chaudes, quelque chose qui se joue loin des regards, dans les recoins des squats miteux, dans les camions garés sur le bord des routes en périphérie de la ville, dans ces appartements que la peur rend muets. »

Hervé Le Corre plonge le lecteur dans le brouillard qui enveloppe ses personnages. Nous marchons à leur côté, nous apprenons à les connaître au fil du temps, laissant nos yeux s’habituer à l’obscurité. Nous entrons à tâtons, nous avançons pas à pas pour éviter les obstacles qu’elle dissimule, nous écoutons ce que nous ne pouvons voir. Nous sommes dans un état cotonneux, assommés par tant de misère et de désespoir, par la haine et la souffrance qui poussent à tuer, mais nous continuons à croire que ces vies n’aboutissent pas toutes à des impasses. Le paysage est brouillé, notre vision altérée et nos os gelés. L’odeur du fleuve boueux imprègne le tissu de nos vêtements et s’incruste dans les profondeurs de notre âme. Folie et violence sont l’apanage de ces destins qui se croisent et s’entremêlent effroyablement. Il y a dans les coulisses de la ville aux pierres chaudes, quelque chose qui se joue loin des regards, dans les recoins des squats miteux, dans les camions garés sur le bord des routes en périphérie de la ville, dans ces appartements que la peur rend muets. Nous nous accrochons à cette lueur fragile qui s’est allumée dans les yeux de Jourdan et Louise, parce que c’est la seule chose qui nous reste, en espérant que le vent noir ne souffle pas trop fort.

Il y a dans l’écriture de Hervé Le Corre, une délicatesse qui nous embarque avec douceur vers la noirceur du monde. Sa langue est simple, sans fioritures. Elle observe, constate, évoque sans discours. Elle nous guide vers le bout du tunnel, pour traverser la nuit où, parfois, les hommes se déguisent en monstres.

Traverser la nuit, de Hervé Le Corre
Rivages/Noir, éditions Payot & Rivages

janvier 2021
300 pages
20,90 euros
ISBN : 978-2-7436-5173-2

 

La Route de Suwon

La Route de Suwon

Élie Treese fait partie de ces écrivains discrets qui n’ont pas besoin de grand-chose pour faire roman, juste l’amorce d’un fil duquel dérouler des phrases ciselées et toute une histoire. Peut-être parce que, comme Antonin Artaud qu’il cite dans son quatrième roman, La Route de Suwon, sorti ce printemps aux éditions Rivages sous la direction d’Émilie Colombani, il sait que « toute l’écriture est de la cochonnerie. Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée sont des cochons. »1

Alors, autant ne rien préciser justement. Autant rester dans le doute, le flou et les hypothèses à jamais invérifiables, au risque de ne pas être plus avancé à la fin, de seulement fumer cigarette sur cigarette durant toute une nuit, boire verre sur verre en s’arrachant les cheveux et regarder la lumière du petit matin se lever sur le monde, sans savoir si ce sont là les premiers feux d’une apocalypse au sens premier du terme, c’est-à-dire cette révélation tant recherchée.

C’est en tout cas la situation dans laquelle Élie Treese met son narrateur en le confrontant dans les premières pages à une simple question, inspiré si l’on en croit l’auteur d’une anecdote familiale2 : qu’est-ce qui a bien pu pousser son grand-père à quitter sa Bretagne, un beau matin de 1950, pour partir faire la guerre en Corée, annonçant sans ambages « qu’il s’était engagé comme volontaire pour une durée de trois ans, et qu’il était sur le point de rejoindre un bataillon de mille hommes afin de défendre, sous l’égide de l’ONU, les valeurs du monde libre » ?

Rien ne paraît en effet l’expliquer, le justifier, même soixante-dix ans plus tard, alors que Guy Mallon n’est plus qu’une silhouette habillée de blanc sur une photo jaunie prise quelque part sur la route de Suwon en 1951. L’homme avait, il faut le dire, tout pour lui. Issu d’un milieu bourgeois auquel rien ne manque, ingénieur en chef dans une entreprise florissante, héros de la Résistance, heureux père de quatre enfants et aussi et surtout mari sincèrement amoureux de sa femme, Yvonne, qu’il abandonne pourtant à son sort, d’abord trois longues années pour repousser les armées de Kim-Il-Sung, et aussitôt après pour courir l’Indochine où il trouvera finalement la mort sous les balles ennemies.

Alors qu’est-ce qui cloche chez Guy Mallon ? Quels péché originel ou force souterraine le poussent à laisser sa vie en plan du jour au lendemain ?

Pour tenter de le découvrir, le narrateur fait appel, au crépuscule d’un dîner dont on ne saura jamais rien, ni les raisons de sa tenue ni l’identité des convives, à un procédé métaphorique dont, Romain, personnage lui aussi mystérieux, silhouette à peine esquissée à l’exception de son pull troué, de ses chaussures ravagées déjà portées « à l’époque mythique de [leur] adolescence » et de sa soif inextinguible, est le témoin, au même titre que le lecteur lui-même dont il est probablement le miroir. Procédant par analogie avec les cercles de l’Enfer de la Divine comédie de Dante, Élie Treese dresse chapitre après chapitre une cartographie de l’âme de ce grand-père jamais connu. Il égrène ses possibles motivations au départ, chacune représentée par une pièce de monnaie de valeur croissante qui vient bâtir une structure précaire érigée parmi les verres sales et les reliefs de repas.

On voit alors passer différents motifs dans cette recherche, évidemment vaine, de vérité. Certains sont plus évidents, comme le poids des convictions ou l’argent qui aurait soudain manqué, ou encore tout simplement l’ennui d’un homme abîmé par les horreurs de 39-45, un homme pour qui « … la guerre était [sa] seconde nature, une nature extraordinaire, qui [lui] permettait d’approcher cette idée d’une nécessité, d’une évidence de [sa] présence au monde. » D’autres explications sont, elles, plus complexes. Comme le rôle d’une amitié trouble, du destin, et puis forcément de l’amour, celui sans faille qu’il porte à sa femme, « … parce qu’on est convaincu que rien ne peut nous séparer, que le lien qui nous unit est inaltérable, intangible, qu’il peut résister à la violence et à l’usure, qu’il peut, comme les alliages les plus fous, persister sous sa forme première au milieu du chaos et des températures extrêmes. »

Bien sûr, le dernier cercle de ce chemin — qu’on ne peut révéler ici sans déflorer l’intrigue —vient donner une explication probable à la fuite de cet homme, mais force est de constater que Élie Treese, comme autrefois Kafka creusait pour nous dans son journal la fosse de Babel, élève avec maestria devant nos yeux une tour troublante des enfers personnels. Ceux de Guy Mallon, cet homme parti un jour sur la route de Suwon, mais aussi forcément, et c’est là n’en doutons pas l’objet, de nous tous.

La Route de Suwon, d’Élie Treese
Éditions Rivages

Avril 2022
136 pages
15 euros
ISBN : 978-2-7436-5574-7

© éditions Rivages

Pablo

Pablo

 

Pablo est un album jeunesse écrit et illustré par Rascal, publié pour la première fois en 2019 à L’École des loisirs, dans la collection « Petit loulou ». Il paraît aujourd’hui dans une version adaptée pour les personnes déficientes visuelles grâce à Mes Mains en or, une maison d’édition de Limoges spécialisée dans ces adaptations.

Pablo vit dans un œuf, il y passe sa dernière nuit. Au lever du jour, Pablo prend des forces car le temps est venu pour lui de sortir de sa coquille. Comme il a un petit peu peur, il commence à percer deux petits trous pour voir à quoi ressemble le monde du dehors. Puis il en perce deux autres encore, pour entendre les bruits. Puis il en perce un cinquième pour sentir les parfums. Après avoir vu, entendu et senti le monde du dehors, Pablo a envie de s’y balader alors il perce deux trous pour ses pattes. Maintenant, Pablo a envie de voler, alors il perce deux nouveaux trous pour ses ailes. Pablo s’envole, il n’a plus peur, il est temps pour lui de se débarrasser de sa coquille mais il en garde un petit bout, pour les jours où il en aurait besoin.

Rascal est un auteur-illustrateur originaire de Belgique. Il fait partie des auteurs importants de la littérature jeunesse contemporaine francophone. Rascal a exercé plusieurs métiers avant de se tourner vers la littérature jeunesse et de s’y consacrer entièrement. Bien qu’il signe certains albums seul, il écrit le plus souvent pour d’autres artistes tels que Stéphane Girel, Régis Lejonc, Édith, Peter Elliott ou Mario Ramos. L’ensemble de son œuvre a été récompensé par le Grand Prix triennal de la littérature de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2009-2012. Rascal n’écrit pas pour dire ou raconter, il écrit pour transmettre une émotion, il écrit des histoires d’enfance. Alors, nous y trouvons de la tendresse, de la poésie, parfois un soupçon de cruauté. Sa langue est exigeante, juste et simple, sans simplisme car, pour Rascal, s’adresser à des enfants ne signifie pas qu’il faille appauvrir la langue, bien au contraire.

Pablo ne fait pas exception. De ce récit évoquant la « naissance » de Pablo, Rascal propose une histoire dont la force est basée sur la simplicité du propos et où la complexité se joue dans les interprétations que chacun peut en faire. La découverte du monde par Pablo se fait par étapes et par les sens. Il s’agit de sa propre façon de découvrir le monde avec ce qu’il a en sa possession. En cela, Pablo est un livre universel. Mais s’extraire de sa « coquille » nécessite une capacité à se faire confiance et à faire confiance à ce monde et aux promesses qu’il nous fait. Alors, la peur que ressent Pablo avant de sortir de l’œuf est légitime. Alors, que Pablo garde un morceau de sa coquille « au cas où » est légitime. Car malgré la confiance et les promesses, nous ne sommes jamais à l’abri des intempéries. L’idée qui prédomine dans cet album est bien que la peur de l’inconnu se surmonte. Prendre des risques, c’est se donner la possibilité de découvrir la beauté du monde. Alors Pablo peut tenter l’aventure d’autant que Rascal le rassure : il y aura toujours un morceau de coquille pour le protéger. Pablo sait d’où il vient.

« Le livre ainsi mis en forme permet une expérience de lecture partagée, que ce soit entre enfants ou entre enfants et adultes. »

L’adaptation de Pablo pour des lecteurs déficients visuels respecte la version originale, bien qu’elle ait nécessité un travail sur la mise en forme. Fondée en 2010 à Limoges, l’association Mes Mains en or a fait de sa spécialité l’édition de livres tactiles afin de rendre l’album illustré et les livres jeunesse accessibles aux enfants déficients visuels, quelles que soient les spécificités de leur déficience. Caroline Chabaud est à l’origine de ce projet éditorial qui défend la qualité artistique des œuvres. Ainsi, les livres sont pensés : ils sont composés d’éléments manipulables, d’un texte en braille et d’un texte en gros caractères qui, tout comme les images contrastées, permettent de stimuler les restes visuels des malvoyants. La reliure en spirale permet de mettre le livre à plat afin de libérer les mains pour faciliter la lecture et explorer les images tactiles. Le livre ainsi mis en forme permet une expérience de lecture partagée, que ce soit entre enfants ou entre enfants et adultes.

L’adaptation de Pablo a bénéficié de cette réflexion sur la conception. Ainsi certains éléments des illustrations en relief, le choix des matières, le texte en gros caractère et sa traduction en braille permettront à de nouveaux lecteurs de découvrir ou redécouvrir cette œuvre si touchante de Rascal : la promesse de beaux moments de lecture partagée.

 

Pablo
Texte et illustration de Rascal
Conception des images tactiles : Astrid Biret et Laurine Bergeon
Collection Tactibraille
Éditions Les Mains en or

Pablo de Rascal, collection « Petit loulou », L’École des loisirs, 2019


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Le livre jeunesse : un objet politique

Le livre jeunesse : un objet politique

 

Depuis 1998, Thierry Magnier trace le sillon d’une littérature jeunesse exigeante dans un paysage éditorial français de plus en plus frileux, où les grandes maisons ont tendance à se retrancher derrière l’achat de licences étrangères. Souvent en première ligne pour défendre une littérature que certains voudraient moralisatrice et pédagogique, il continue de défendre avec passion sa vision du métier d’éditeur jeunesse et partage les raisons de ses choix.

D’après vous, pourquoi ces derniers temps la radicalisation du discours politique et sociétal s’exprime-t-elle notamment contre la littérature jeunesse ?

Thierry Magnier : Sûrement parce que les politiques actuels estiment les enfants sacrés. Et parce qu’ils ont peur. Pour eux, les enfants doivent entrer dans un moule, suivre une moralité et surtout être obéissants, dociles. Parce qu’ils sont le peuple à venir et que, un peuple qui réfléchit, cela dérange. Le phénomène n’est pas non plus nouveau. Pour moi en tout cas, tout a commencé il y a une vingtaine d’années, dès les premières publications de la maison, notamment avec un livre de Christophe Honoré sur l’homoparentalité1. Déjà à cette époque, il y avait eu quelques remous. Mais rien à voir il est vrai avec le cirque qui s’est déchaîné autour de Tous à poil2. On a eu l’impression que tout à coup un livre jeunesse, qui pose simplement un regard décomplexé et humoristique sur la nudité, était pris en otage pour tenter de mettre le feu au pays. Un livre que personne n’avait lu à l’époque, car j’avais dû en vendre à peine 700 exemplaires en 3 ans…

Je n’ai alors pas compris, et je ne comprends toujours pas la raison de tout ce raffut. La nudité, le corps, ou même la sexualité m’ont toujours paru des sujets éminemment importants, des sujets à aborder en littérature jeunesse afin de permettre aux enfants de se construire. J’ai toujours traité ces sujets. Certains prétendent, de façon pernicieuse, que c’est mon fonds de commerce — comme lors de la récente mésentente avec la direction des affaires scolaires de Paris autour du Dictionnaire fou du corps de Kathy Couperie —, mais je trouve cela grossier et surtout inepte. Il me semble important que ces livres pour la jeunesse existent, et dangereux que certains imaginent les interdire. Pourquoi alors ne pas interdire également la parution du Larousse illustré et ses planches d’anatomie, ou la visite de la chapelle Sixtine ?

Christian Bruel, fondateur des éditions Le sourire qui mord, publiaient déjà des albums jeunesse anticonformistes, notamment sur la question du genre. Comment se fait-il que, quarante ans plus tard, on en soit toujours au même point d’incompréhension ?

T.M. : Je me pose régulièrement cette question, et je ne trouve pas de réponse simple. Sinon qu’une poignée de gens, ayant le pouvoir et l’argent, ont décidé de construire un monde à leur image. Un monde policé et normatif. J’ai par exemple ressorti il y a deux ans l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon3, l’un des premiers ouvrages parus au Sourire qui mord. J’ai alors demandé à Christian Bruel d’imaginer comment il traiterait la même question aujourd’hui, et cela a donné naissance à D’ici-là, une utopie positive sur le genre illustrée par Kathy Couperie. Eh bien malgré tous nos efforts pour communiquer autour de l’ouvrage, malgré la renommée des auteurs ou encore une actualité en phase, personne n’a parlé de ce livre, certes un peu exigeant graphiquement, mais réellement splendide. C’est à n’y rien comprendre.

N’êtes-vous pas dérangé que votre travail — celui d’un éditeur exigeant qui publie dans l’intention d’éveiller ses lecteurs — soit aujourd’hui vu avant tout par certains comme un acte militant ?

T.M. : Cela m’énerve, évidemment. On me prend souvent pour un éditeur qui fait des bons coups ou qui aime se faire remarquer. Alors que ma politique éditoriale n’a jamais changé. J’ai toujours travaillé pour offrir les meilleurs livres possible aux enfants. Parce que j’ai le sentiment qu’un enfant est un être humain à part entière, parce qu’il est intelligent et qu’on peut lui parler de toutes les choses qui l’entourent.

En vérité, la méfiance vient de plus en plus des parents eux-mêmes, de l’importance démesurée qu’ils accordent à l’éducation de leurs enfants. Ils veulent les protéger de tout. Les gamins n’ont plus le droit d’avaler du lactose, du gluten… alors feuilleter un livre sur le corps, je ne vous en parle même pas. Je me souviens ainsi d’une discussion avec une documentaliste qui avait pris la parole lors d’une journée de formation avec des bibliothécaires où j’intervenais. Elle avait avoué ne plus commander pour son CDI les livres de ma maison d’édition. Elle suivait et appréciait nos parutions depuis des années mais, à un an de la retraite, elle se disait fatiguée de devoir affronter les représentants de parents d’élèves ou sa hiérarchie dès qu’elle proposait l’un de nos ouvrages à la lecture. C’est somme toute ahurissant. Je ne sais pas où va le métier d’éditeur. Un éditeur, c’est avant tout quelqu’un qui prend des risques. Contrairement à certains de mes confrères, je me moque au fond de ce que veulent lire les enfants ou les adolescents. Je veux être force de proposition, les mener vers d’autres rivages.

Quels sont les sujets, traités par la littérature jeunesse d’aujourd’hui, qui vous semblent clairement politiques ?

T.M. : Tous les sujets sont politiques lorsqu’ils sont traités avec talent. Un bon livre est forcément politique. S’il existe, s’il n’est pas un ventre mou, il prend forcément position, quelle que soit la question traitée. Un livre est un objet politique, comme aurait probablement pu le dire Marguerite Duras. Et sinon la politique, en jeunesse, c’est peut-être au final de parler d’un sujet qui ne semble pas au prime abord destiné aux enfants. Après, les incompréhensions et les tensions qui en découlent viennent du regard détestable posé sur le livre de jeunesse. Son manque de reconnaissance et l’incapacité patente à le faire accepter comme une littérature. Ne devrait-on pas ainsi surtout se rappeler que nous formons les lecteurs de demain, nous les préparons aussi à aller vers des livres complexes, exigeants et stimulants pour la pensée. Franchement : peut-on imaginer réaliser cette tâche immense en ne proposant que des histoires fades et normées ?

Est-ce que, quelque part, nous n’infantilisons pas les enfants ?

T.M. : Très probablement. Je pense par exemple à Marguerite Duras, dont toute l’œuvre réserve une place cruciale à l’enfance. Duras n’a jamais pris les enfants pour des imbéciles. Son unique album jeunesse, Ah Ernesto !4, le montre de façon flagrante. J’ai vu en me rendant à l’IMEC5 les piles de manuscrits par lesquels elle est passée pour écrire ce livre, ce petit conte comme elle l’appelait. Je suis un fan de Duras et je suis très heureux d’avoir pu republier ce livre. Cette histoire d’un gamin qui ne veut plus aller à l’école parce qu’on lui y apprend des choses qu’il ne sait pas, c’est pour le coup un vrai livre politique pour la jeunesse. Prenez par exemple la scène où le maître d’école montre un papillon épinglé dans boîte vitrée et demande ce que c’est. Ernesto répond alors : « c’est un crime ». Magnifique, n’est-ce pas ?

1 Je ne suis pas une fille à papa, C. Honoré, Thierry Magnier, 1998
2 Tous à poil, Claire Franek et Marc Daniau, éditions du Rouergue, 2011
3 Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, Christian Bruel et Anne Bozellec, Le sourire qui mord, 1980
4 Ah ! Ernesto a été publié chez Harlin Quist/Ruy-Vidal en 1971. L’ouvrage est réédité en 2013 aux éditions Thierry Magnier (illustrations : Kathy Couperie), accompagné d’un album intitulé Ah ! Marguerite Duras, qui retrace l’aventure éditoriale de ce conte
5 Institut Mémoires de l’édition contemporaine.

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Romuald Giulivo
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